Récit de Nicolas page: 1 2 3 [ vous êtes ici: accueil » ancêtre » récit] suivez-nous sur twitter partagez sur facebook

- Nicolas ! Nicolas ! Où est-il donc encore passé ce petit diable?

Source de La Douix

J'entendais mon nom crié à tous les vents, mais je ne voulais pas répondre car je savais bien que j'allais encore me faire disputer. Je m'étais réfugié dans les grottes qui s'élèvent au-dessus de la source de la Douix, juste un peu en amont du village. On y pénètre par une sorte de cheminée, c'est un endroit magique et, depuis des semaines, je cherchais désespérément à apercevoir les fées, bonnes ou mauvaises, ou peut-être même la Vouivre, belle et terrible, dont les vieilles du village nous contaient la légende le soir, au coin du feu. J'adorais ces moments, quand les flammes jetaient sur les murs des ombres inquiétantes qui enflammaient mon imagination.

Quand je suis sorti de la grotte, il faisait nuit noire, déjà… Je jetai dans la Douix les quelques piécettes que j'avais emportées tout spécialement, formant le vœu de vivre un jour libre comme les fées de la forêt. Dans la fraîcheur du soir, la mousse exhalait sous mes pieds un parfum merveilleux. Le merle lançait ses trilles, le cœur gonflé, tout comme le mien, de la joie de vivre un nouveau printemps dans ces bois que j'affectionnais.

A la maison, ma mère m'attendait sur le pas de la porte, mon frère Joseph, dans ses jupes.

- Tu ne te rends pas compte, Nicolas ! Toujours à traîner dans le bois après vêpres, tu vas attirer sur nous la fureur des esprits méchants, est-ce ce que tu veux ?

- Non mère, je voulais juste …la forêt est si belle, le temps si doux …je n'ai pas vu le jour tomber ! Et puis, c'est la faute de Jean, il a dit que je n'aurais jamais le cœur d'y aller, que je n'étais qu'un couard !

Ménétreux-le-pitois, Bourgogne

- Ce n'est pas une raison ! Va dans la soupente et que cela te serve de leçon ! Ton père et moi allons trouver le moyen de te faire entendre raison une bonne fois pour toute !

Cela se passait à Darcey, un gros village de Bourgogne, en France, en 1653. Je suis né à Ménétreux-le-Pitois en 1643. Mon père, François Perrot, y était marchand. C'est là que ma mère, Marie Sirot est née, et c'est là qu'ils se sont mariés. Toute la famille de ma mère habitait les hauteurs de Ménétreux depuis plus de cent ans. Hélas, les temps étaient difficiles, les révoltes, les guerres avec la Comté toute proche, les disettes, la maladie, avaient durement éprouvé notre Haute-Bourgogne. Nous avions dû déménager chez mon oncle François qui était notaire à Darcey et qui nous a hébergé le temps que mes parents trouvent un toit.

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