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Port de mer par Claude Gelée dit le Lorrain 17e siecle (détail)

Dès que le printemps arrivait, tous nous retournions dans nos familles. Nombre d'entre nous devaient aider aux travaux des champs. Après le long hiver, la vie reprenait ses droits et les foires, les fêtes religieuses ou profanes, les mariages, se succédaient à un rythme encore soutenu même si le cœur n'y était plus vraiment après tant d'années de pillages, de souffrances et de haines fratricides.

Un petit matin brumeux et glacé de l'automne 1659, un père jésuite, que nous ne connaissions pas, est apparu dans la cour du collège, surgissant mince, noir, austère et étonnant, de l'épais brouillard qui stagnait sur Dijon depuis bientôt trois semaines. Lorsque nous nous sommes engouffrés dans les galeries bordant la nef de l'église qui nous étaient réservées, nous l'avons vu franchir d'un pas résolu la distance qui le séparait du maître autel, s'agenouiller et prier avec ferveur.

Après la messe, il prit la parole avec puissance et force de persuasion. Sa voix chaude vibrait sous les vénérables voûtes nous appelant à franchir l'océan pour évangéliser les sauvages en Nouvelle-France afin de les sauver des affres de l'enfer. Toute la journée, les discussions allèrent bon train et le soir, après les cours, nous avons discuté encore très tard, dans le noir avec mes amis. Fils aîné de ma famille, ma voie était toute tracée. Je me devais de continuer la tâche que mon père avait commencée.

Mais l'océan, les terres vierges, les âmes en péril….

Le prédicateur se tenait à notre disposition dès après la messe le lendemain matin, afin de signer un engagement : voyage pris en charge, accueil assuré par la communauté des Pères Jésuites… Pas de soucis d'intendance pour une âme pure déterminée à servir le Seigneur ! J'ai signé. Sans rien dire à mon père. Une fois engagé, comment aurait-il pu me reprendre à notre Sainte-Mère l'Église ?


Ce texte est un extrait de L'histoire de Nicolas Perrot (2001), reproduit ici avec la généreuse permission de Christine Sobota, Louise Sauvageau, Etienne Audet-Walsh, et Jean-Pierre Sergerie